Synthèse
CoreWeave, néocloud spécialisé dans l'IA générative et important client de Nvidia (également actionnaire), traverse une situation financière tendue : son action a chuté de plus de 11 % après une baisse de 15 % la veille, et ses obligations 2032 ne se négocient plus qu'à 78 cents pour un dollar nominal. Malgré une forte croissance de son chiffre d'affaires, attendu autour de 13 milliards de dollars cette année, l'entreprise doit financer des dépenses en capital pouvant atteindre 39 milliards de dollars, ce qui alimente les craintes d'un défaut de paiement et d'un risque systémique pour le secteur des data centers d'IA.
Ouvrir dans le navigateur Et aussi: Le pari fou d'Alatyr - Le jour où Théranos s'est effondré Tous les vendredis, l’édition hebdomadaire de Cafétech vous propose un tour d’horizon des principales actus tech de la semaine écoulée. Pour accéder à l’ensemble de nos contenus, nous vous proposons un tarif préférentiel: 30% de réduction. J'en profite Bonne lecture et bon week-end | GRAND ANGLE | CoreWeave, le premier domino de l’IA qui menace de tomber En pompier de service, Jensen Huang vole au secours de CoreWeave, dont la situation financière commence sérieusement à inquiéter les marchés. Car cette plateforme de cloud spécialisée dans l’intelligence artificielle générative n’est pas seulement un important client de Nvidia – qui en est aussi actionnaire. Elle menace surtout d’être le premier domino à tomber dans un secteur engagé dans ce qui pourrait bien être une folle fuite en avant, financée par un endettement massif et croissant pour construire les data centers censés absorber l’envolée attendue des besoins, notamment ceux liés aux agents autonomes.
“La solidité de CoreWeave s’améliore chaque jour. Son coût du capital est en réalité en baisse”, a assuré Jensen Huang jeudi, en réponse aux inquiétudes suscitées par le niveau d’endettement très élevé de l’entreprise. Des déclarations qui n’ont toutefois calmé les investisseurs que temporairement. La veille, l’action avait chuté de plus de 15%. Dès le lendemain, elle a repris son plongeon, abandonnant plus de 11%.
Elle ne vaut plus que 61 dollars, soit un quart de moins qu’en lundi dernier. Et près de trois fois moins que son sommet atteint en juillet 2025, quatre mois après une introduction en Bourse ratée. Les marchés redoutent un défaut L’inquiétude des marchés se reflète également dans la valeur des obligations émises par CoreWeave pour financer ses investissements dans ses infrastructures. Les titres à échéance 2032 ne s’échangent plus qu’à 78 cents pour un dollar de valeur nominale, signe que les investisseurs anticipent un risque important que cette dette ne soit jamais remboursée. Parallèlement, les credit default swaps, des instruments financiers permettant de s’assurer contre le risque de défaut d’un emprunteur, se sont eux aussi fortement renchéris.
Leur prix implique désormais une probabilité de défaut supérieure à 60% à cinq ans. Lancé en 2017 par trois traders en matières premières, CoreWeave se spécialise d’abord dans le minage de cryptomonnaies. Mais le groupe s’est imposé ces dernières années comme l’un des principaux néoclouds, ces nouvelles plateformes entièrement dédiées à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA générative. Profitant de l’incapacité des acteurs historiques à répondre à l’ensemble de la demande, il affiche une croissance spectaculaire. Son chiffre d’affaires devrait avoisiner les 13 milliards de dollars cette année, contre 5,1 milliards l’an passé.
En 2022, avant le lancement de ChatGPT, ses revenus ne s’élevaient qu’à 16 millions. Les dépenses en capital s’envolent… La hausse de son carnet de commandes est tout aussi fulgurante. Fin septembre, CoreWeave revendiquait près de 130 milliards de dollars d’obligations d’achat, contre seulement 15 milliards début 2025. Historiquement, Microsoft est son premier client, pour fournir des capacités de calcul supplémentaires aux utilisateurs de son cloud Azure. Meta, OpenAI et Anthropic font aussi appel à ses services.
CoreWeave a par ailleurs noué un partenariat avec Nvidia, à qui elle achète les cartes graphiques nécessaires à ses data centers. Le géant de Santa Clara s’est engagé à lui acheter les capacités de calcul qui resteraient invendues jusqu’au printemps 2032. Pour honorer ces contrats, CoreWeave s’est lancé dans une vaste politique d’investissement. Si l’entreprise ne construit pas elle-même ses data centers – qu’elle loue auprès d’opérateurs spécialisés –, elle dépense des dizaines de milliards de dollars pour acquérir des puces d’IA. L’an passé, ses dépenses en capital ont atteint 15 milliards de dollars.
Elles devraient encore grimper cette année, allant de 35 à 39 milliards, soit jusqu’à trois fois son chiffre d’affaires attendu. Des investissements qui s’appuient sur une “stratégie de financement sophistiquée”,reposant notamment sur des emprunts garantis par ses cartes graphiques. … l’endettement aussi Fin juin, CoreWeave affichait ainsi un endettement de 35,6 milliards de dollars, qui se traduit par des charges financières et des remboursements très élevés: près de 9 milliards de dollars cette année. L’an prochain, ces dépenses devraient approcher les 13 milliards, sans même tenir compte des intérêts liés à de nouveaux emprunts. À ces sommes s’ajoutent les loyers que l’entreprise s’est engagée à verser, pour un montant total de 16,3 milliards.
Face aux doutes, ses dirigeants assurent que les contrats déjà signés suffiront à honorer ces obligations financières. Mais un élément alimente le scepticisme: ils ont vendu pour 3,3 milliards de dollars d’actions cette année. Les péripéties de CoreWeave s’inscrivent dans un climat d’inquiétudes croissantes autour de l’endettement de l’ensemble de la filière. Et pour cause: rien ne garantit que la croissance attendue de l’IA permettra de rentabiliser les investissements et donc de rembourser les dettes, notamment en raison de la dépréciation des GPU. La semaine dernière, Gartner estimait que les revenus cumulés du secteur devraient s’élever à 3.
600 milliards de dollars d’ici à 2030, bien loin des 8. 500 milliards nécessaires pour couvrir les dépenses engagées et assurer un retour sur investissement. Le cabinet anticipe ainsi que 80% des néoclouds cesseront d’être indépendants d’ici là.
L’étape cruciale franchie par Anthropic
Jérôme Marin / Cafétech · 22 oct.